Noa Dumas
Âge : 19 ans
Noa appartient à la première génération née après la grande convergence culturelle des années 2030-2040.
Physiquement, elle est difficile à situer. Son visage porte les traces d'origines multiples que le brassage mondial a progressivement rendues communes. Ses cheveux bruns tombent sur ses épaules avec une simplicité étudiée. Son visage est harmonieux sans être remarquable. Elle possède cette beauté discrète et standardisée que l'on retrouve chez beaucoup de jeunes de son époque.
Elle s'habille avec élégance mais sans singularité. Comme la plupart de ses contemporains, elle suit inconsciemment les mêmes codes esthétiques mondiaux. Rien dans son apparence ne permet de deviner son origine géographique ou familiale.
Son regard constitue pourtant sa caractéristique la plus frappante. Ce n'est pas un regard triste.
Ni un regard vide. C'est un regard absent de l'avenir.
Comme si aucune projection ne l'habitait réellement.
Noa est brillante. Ses résultats académiques sont excellents. Elle parle plusieurs langues, maîtrise les outils numériques les plus avancés et possède une vaste culture générale acquise par l'intermédiaire des réseaux éducatifs mondiaux.
Elle est curieuse de tout. Mais passionnée par rien.
Elle a essayé la musique. Puis l'écriture. Puis la photographie. Puis l'architecture virtuelle. Puis l'écologie. Puis l'histoire.
Chaque activité l'a intéressée quelques semaines avant de perdre toute saveur.
Noa ne souffre d'aucune pathologie. Elle n'est ni dépressive ni anxieuse. C'est précisément ce qui inquiète Léna.
Lorsqu'on lui demande ce qu'elle souhaite faire de sa vie, elle répond calmement :
« Je ne sais pas. Tout me semble possible. »
Cette réponse paraît positive. Elle ne l'est pas.
Car derrière cette infinité de possibilités se cache une incapacité à choisir une direction.
Noa entretient de bonnes relations avec ses parents. Elle les aime sincèrement. Pourtant, lorsqu'on l'interroge sur son histoire familiale, elle ne sait presque rien dire. Elle connaît quelques noms, quelques photographies conservées dans le nuage familial, mais aucun récit véritable.
Ses grands-parents sont encore vivants. Pourtant elle ne pourrait raconter ni leurs combats, ni leurs rêves, ni leurs épreuves. Elle ne s'est jamais interrogée sur ce qui les avait construits.
Comme beaucoup de jeunes de sa génération, elle vit dans un présent perpétuel.
Noa n'est pas consciente de ce qui lui manque. Elle ne ressent pas une perte. Elle ressent une absence.
Une absence si ancienne qu'elle lui paraît naturelle.

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